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Monnaie complémentaire pour l’Italie. André Peters. André Peters
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Balibouze
2019-06-12 12:21:37 UTC
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Révolution suisse en Italie ? Non, n’ayez crainte, il ne s’agit pas
d’une révolte des gardes suisses du Vatican contre la Papauté ! Je vous
reviens simplement avec un petit souvenir d’il y a un an. A l’époque,
la Suisse se prononçait par votation sur le projet de réforme monétaire
connu sous le nom de « Monnaie pleine ». Il s’agissait d’introduire une
petite disposition dans la Constitution suisse afin de conférer à la
Banque nationale Suisse (BNS), le monopole de la création de monnaie
scripturale en plus du monopole de l’émission de la monnaie fiduciaire.
En d’autres mots, l’intégralité de l’émission des francs suisses aurait
dû ressortir exclusivement de la BNS, à l’exclusion des banques
privées[1]. Je vous présentais cette idée comme « Une révolution
monétaire en Suisse » inspirée d’idées d’une brillante lignée
d’économistes tels que G.F. Knapp, I. Fischer ou M. Friedmann. Cette
idée fut rejetée lors de la votation.

Hé bien, comme quoi le monde est petit, les Alpes pas très hautes et
les idées persistantes. Voilà que les idées révolutionnaires suisses
ont franchi les montagnes pour atterrir, dans une version adoucie, en
Italie. En effet, à la demande du gouvernement italien de Monsieur
Salvini, le Parlement italien a voté une motion qui ouvre la porte à
l’émission d’une monnaie parallèle à l’euro.

Cette monnaie prendrait la forme de mini bons[2] du Trésor, des
reconnaissances de dettes, émis par l’Etat italien et qui seraient
octroyés par l’Etat à ses créanciers. Ces bons, inconvertibles en
euros, pourraient alors être utilisés comme moyen de paiement tant
vis-à-vis des autorités publiques qui seraient obligées de les accepter
en paiement de taxes, redevances et services divers, que vis-à-vis des
entreprises et des particuliers qui, eux, ne seraient pas forcés de les
accepter. Ces mini bons du trésor n’auraient donc pas de cours légal,
qui dans la zone euro est uniquement réservé à l’euro, mais bien un
cours officiel. Tout est dans la nuance ! Les mini bons ne seraient
donc pas de la monnaie officielle mais bien une monnaie parallèle ou
complémentaire à l’euro.

L’idée italienne s’apparente à l’idée suisse mais de notables
différences distinguent les deux propositions. C’est pourquoi je
parlais de « version adoucie » de la révolution suisse. Si dans les
deux cas, ce sont bien des autorités publiques qui sont émetteur de la
monnaie, dans le premier cas, un objectif de 100% de l’émission était
ciblé alors que dans le cas italien il s’agit au plus de quelques
pourcents de l’émission totale en euro. C’est pourquoi, il faut bien
parler de monnaie complémentaire. Si dans la proposition suisse le
modèle de création monétaire par le crédit bancaire privé était remis
en question, ce n’est pas du tout le cas dans la proposition italienne
qui désire conserver ce modèle en lui adjoignant une émission
complémentaire par l’Etat.

A ce stade, si les contours de l’idée se précisent, les détails du
projet sont encore inconnus et, comme vous le savez, c’est souvent là
que se cache le diable où … un saint. Toujours est-il que ce projet de
« mini révolution suisse en Italie » a pour vertu essentielle d’ouvrir
le débat sur le modèle monétaire contemporain. Peut-on continuer à
faire fonctionner le monde avec le modèle actuel ? Peut-on continuer à
faire fonctionner notre économie avec un modèle basé sur l’endettement
public et privé ? Ce modèle est-il durable ? Je vous renvoie à
quelques-uns de mes articles antérieurs à ce sujet.[3]

Bien sûr, les idées que je développe ici ne reflètent pas ou pas
nécessairement celles des institutions publiques ou financières avec
lesquelles je suis amené à collaborer.

[1] A lire sur
https://andrepeters.net/2018/05/01/une-revolution-monetaire-en-suisse/

[2] On imagine qu’il s’agit de l’équivalent de coupures de monnaie
(billets de 50, 100 ou 200 euros)

[3] Banque et durabilité :
https://andrepeters.net/2019/04/12/banque-et-durabilite/

A propos
https://andrepeters.net/
--
Les tas zunis un danger pour la planète

Kouchner médecin du monde avec sa belle
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Madame 500.000 enfants pffff.

Avec cette politique ons' fait du pognon!
Cardinal de Hère
2019-06-12 12:53:10 UTC
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Post by Balibouze
Révolution suisse en Italie ? Non, n’ayez crainte, il ne s’agit pas
d’une révolte des gardes suisses du Vatican contre la Papauté ! Je vous
reviens simplement avec un petit souvenir d’il y a un an. A l’époque, la
Suisse se prononçait par votation sur le projet de réforme monétaire
connu sous le nom de « Monnaie pleine ». Il s’agissait d’introduire une
petite disposition dans la Constitution suisse afin de conférer à la
Banque nationale Suisse (BNS), le monopole de la création de monnaie
scripturale en plus du monopole de l’émission de la monnaie fiduciaire.
En d’autres mots, l’intégralité de l’émission des francs suisses aurait
dû ressortir exclusivement de la BNS, à l’exclusion des banques
privées[1]. Je vous présentais cette idée comme « Une révolution
monétaire en Suisse » inspirée d’idées d’une brillante lignée
d’économistes tels que G.F. Knapp, I. Fischer ou M. Friedmann. Cette
idée fut rejetée lors de la votation.
Hé bien, comme quoi le monde est petit, les Alpes pas très hautes et les
idées persistantes. Voilà que les idées révolutionnaires suisses ont
franchi les montagnes pour atterrir, dans une version adoucie, en
Italie. En effet, à la demande du gouvernement italien de Monsieur
Salvini, le Parlement italien a voté une motion qui ouvre la porte à
l’émission d’une monnaie parallèle à l’euro.
Cette monnaie prendrait la forme de mini bons[2] du Trésor, des
reconnaissances de dettes, émis par l’Etat italien et qui seraient
octroyés par l’Etat à ses créanciers. Ces bons, inconvertibles en euros,
pourraient alors être utilisés comme moyen de paiement tant vis-à-vis
des autorités publiques qui seraient obligées de les accepter en
paiement de taxes, redevances et services divers, que vis-à-vis des
entreprises et des particuliers qui, eux, ne seraient pas forcés de les
accepter. Ces mini bons du trésor n’auraient donc pas de cours légal,
qui dans la zone euro est uniquement réservé à l’euro, mais bien un
cours officiel. Tout est dans la nuance ! Les mini bons ne seraient donc
pas de la monnaie officielle mais bien une monnaie parallèle ou
complémentaire à l’euro.
Une monnaie qui n'a pas le privilège libérateur dans un pays n'est pas
la monnaie de ce pays. Cette monnaie n'a le privilège libérateur que
pour les dettes de l'état et donc ce serait la monnaie de l'état
italien, pas de l'Italie.

Par ailleurs si le Trésor émet des bons alors forcément ces bons ont un
cours libellé en euro, en or ou en toute autre monnaie.

Tant que le mini boT n'aura pas cours légal et forcé en Italie il ne
sera pas une monnaie mais juste une manière pour l'état d'apurer ces
dettes plus rapidement.
Post by Balibouze
L’idée italienne s’apparente à l’idée suisse mais de notables
différences distinguent les deux propositions. C’est pourquoi je parlais
de « version adoucie » de la révolution suisse. Si dans les deux cas, ce
sont bien des autorités publiques qui sont émetteur de la monnaie, dans
le premier cas, un objectif de 100% de l’émission était ciblé alors que
dans le cas italien il s’agit au plus de quelques pourcents de
l’émission totale en euro. C’est pourquoi, il faut bien parler de
monnaie complémentaire. Si dans la proposition suisse le modèle de
création monétaire par le crédit bancaire privé était remis en question,
ce n’est pas du tout le cas dans la proposition italienne qui désire
conserver ce modèle en lui adjoignant une émission complémentaire par
l’Etat.
La proposition italienne visait au départ à sortir de l'euro de manière
non officielle. Si elle devait réussir alors le mini boT remplacerait
l'euro et les banques commerciales créeraient du mini boT qui
constituerait in fine une créance sur le Trésor Public italien.

Il n'y a aucun point commun entre l'initiative monnaie pleine et le mini
boT.

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