Discussion:
Bernard Noël - Un reflet de mai 68
(trop ancien pour répondre)
RVG
2018-05-13 06:04:48 UTC
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Comment qualifier une révolution qui, sans aller jusqu’à la Révolution,
a suscité une agitation révolutionnaire durable ? Il faut au moins
reconnaître à ce mouvement – et c’est un cas unique chez un
contre-pouvoir – de ne pas s’être trahi en essayant de prendre le
pouvoir et de ne pas avoir entraîné la liquidation de ses partisans en
donnant à ses adversaires le prétexte de rétablir l’ordre par un
massacre. On a vu récemment que les adversaires en question ne s’en sont
toujours pas consolés et qu’ils crachent l’insulte à défaut de cracher
la mort.

Qui pourraient-ils encore tuer ? Tous les grands animateurs de
mai 68 sont devenus des politiciens : ils ont depuis longtemps échangé
la passion de la pensée pour la violence de leurs intérêts. On les voit
parader au Sénat, à l’Assemblée européenne et dans les conseils
d’administration : ils ont normalisé la corruption de leur intelligence
au nom des jeux de la démocratie.

Il est significatif qu’une révolution, qui fut intellectuelle et morale
sans transformer le régime politique, n’ait pu être détruite que de
l’intérieur par ses propres dirigeants. Et que ceux-ci se soient bernés
eux-mêmes en croyant trouver dans le socialisme ou l’écologie la suite
pratique de leur action. Le droit à l’erreur est indispensable, mais se
tromper avec une aussi patiente obstination est la preuve d’une
complicité qui fait de vous la caricature de vos illusions.

Le résultat est que les mots du vocabulaire politique ne correspondent
plus à ce qu’ils représentent. Ainsi, le socialisme par exemple n’a plus
rien de social ; les services publics ne doivent surtout plus rendre
service ; les syndicats gèrent mais ne défendent plus…

S’il y a eu révolution sans révolution en mai 68, c’est que le spectacle
de leur propre révolte satisfaisait tous les participants. Une vraie
rupture se dessinait pourtant : la volonté de donner la priorité à
l’imagination mettait de la poésie dans la politique et de l’humour dans
les slogans. Sous les manifestations courait l’illusion que le monde
changeait alors qu’il s’offrait seulement des vacances.

De loin, tout cela paraît heureusement festif et ludique : il est
probable que ces qualités ont alors désorienté la réaction, plus
préparée au couteau entre les dents qu’à la fleur à la bouche. Il est
vrai que Papon n’était plus à la préfecture de police et que les fils de
la bourgeoisie étaient plus nombreux que les Algériens dans les cortèges
et sur les barricades.

On peut rêver aux avantages conquis lors d’un fameux Grenelle à
condition de ne pas oublier qu’il ne fallut guère plus d’un mois pour
que des élections envoient à la Chambre l’assemblée la plus
réactionnaire qu’on ait vue avant celle qui fut élue très récemment. La
machine à décerveler était cependant moins efficace que de nos jours,
mais la servilité est la seule constante de l’histoire humaine. Être
dominé est plus raisonnable qu’être libre : cet état soulage de la
responsabilité. Et sans doute est-il rassurant de voir qu’un
anti-68 officiel a pris le pouvoir car il ne suffit plus désormais de
baisser la tête pour échapper à l’oppression…
--
Ne soyez jamais rentables !

https://www.jamendo.com/artist/336871/regis-v-gronoff/albums
http://bluedusk.blogspot.fr/
http://soundcloud.com/rvgronoff
http://www.toutelapoesie.com/salons/user/18908-guillaume-daquile/
Colonial2018
2018-05-13 06:39:06 UTC
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Post by RVG
Comment qualifier une révolution qui, sans aller jusqu’à la Révolution,
a suscité une agitation révolutionnaire durable ? Il faut au moins
reconnaître à ce mouvement – et c’est un cas unique chez un
contre-pouvoir – de ne pas s’être trahi en essayant de prendre le
pouvoir et de ne pas avoir entraîné la liquidation de ses partisans en
donnant à ses adversaires le prétexte de rétablir l’ordre par un
massacre. On a vu récemment que les adversaires en question ne s’en sont
toujours pas consolés et qu’ils crachent l’insulte à défaut de cracher
la mort.
Qui pourraient-ils encore tuer ? Tous les grands animateurs de
mai 68 sont devenus des politiciens : ils ont depuis longtemps échangé
la passion de la pensée pour la violence de leurs intérêts. On les voit
parader au Sénat, à l’Assemblée européenne et dans les conseils
d’administration : ils ont normalisé la corruption de leur intelligence
au nom des jeux de la démocratie.
Il est significatif qu’une révolution, qui fut intellectuelle et morale
sans transformer le régime politique, n’ait pu être détruite que de
l’intérieur par ses propres dirigeants. Et que ceux-ci se soient bernés
eux-mêmes en croyant trouver dans le socialisme ou l’écologie la suite
pratique de leur action. Le droit à l’erreur est indispensable, mais se
tromper avec une aussi patiente obstination est la preuve d’une
complicité qui fait de vous la caricature de vos illusions.
Le résultat est que les mots du vocabulaire politique ne correspondent
plus à ce qu’ils représentent. Ainsi, le socialisme par exemple n’a plus
rien de social ; les services publics ne doivent surtout plus rendre
service ; les syndicats gèrent mais ne défendent plus…
S’il y a eu révolution sans révolution en mai 68, c’est que le spectacle
de leur propre révolte satisfaisait tous les participants. Une vraie
rupture se dessinait pourtant : la volonté de donner la priorité à
l’imagination mettait de la poésie dans la politique et de l’humour dans
les slogans. Sous les manifestations courait l’illusion que le monde
changeait alors qu’il s’offrait seulement des vacances.
De loin, tout cela paraît heureusement festif et ludique : il est
probable que ces qualités ont alors désorienté la réaction, plus
préparée au couteau entre les dents qu’à la fleur à la bouche. Il est
vrai que Papon n’était plus à la préfecture de police et que les fils de
la bourgeoisie étaient plus nombreux que les Algériens dans les cortèges
et sur les barricades.
On peut rêver aux avantages conquis lors d’un fameux Grenelle à
condition de ne pas oublier qu’il ne fallut guère plus d’un mois pour
que des élections envoient à la Chambre l’assemblée la plus
réactionnaire qu’on ait vue avant celle qui fut élue très récemment. La
machine à décerveler était cependant moins efficace que de nos jours,
mais la servilité est la seule constante de l’histoire humaine. Être
dominé est plus raisonnable qu’être libre : cet état soulage de la
responsabilité. Et sans doute est-il rassurant de voir qu’un
anti-68 officiel a pris le pouvoir car il ne suffit plus désormais de
baisser la tête pour échapper à l’oppression…
Toute ce que mai 68 a engendré, c'est une génération de tarlouzes...
--
----

Les Belges offensent souvent notre goût mais ils ont l'intelligence
hospitalière (Maurice Barrès. La querelle des nationalistes et des
cosmopolites. 1892)
j***@gmail.com
2018-05-16 21:08:21 UTC
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Post by Colonial2018
Post by RVG
Comment qualifier une révolution qui, sans aller jusqu’à la Révolution,
a suscité une agitation révolutionnaire durable ? Il faut au moins
reconnaître à ce mouvement – et c’est un cas unique chez un
contre-pouvoir – de ne pas s’être trahi en essayant de prendre le
pouvoir et de ne pas avoir entraîné la liquidation de ses partisans en
donnant à ses adversaires le prétexte de rétablir l’ordre par un
massacre. On a vu récemment que les adversaires en question ne s’en sont
toujours pas consolés et qu’ils crachent l’insulte à défaut de cracher
la mort.
Qui pourraient-ils encore tuer ? Tous les grands animateurs de
mai 68 sont devenus des politiciens : ils ont depuis longtemps échangé
la passion de la pensée pour la violence de leurs intérêts. On les voit
parader au Sénat, à l’Assemblée européenne et dans les conseils
d’administration : ils ont normalisé la corruption de leur intelligence
au nom des jeux de la démocratie.
Il est significatif qu’une révolution, qui fut intellectuelle et morale
sans transformer le régime politique, n’ait pu être détruite que de
l’intérieur par ses propres dirigeants. Et que ceux-ci se soient bernés
eux-mêmes en croyant trouver dans le socialisme ou l’écologie la suite
pratique de leur action. Le droit à l’erreur est indispensable, mais se
tromper avec une aussi patiente obstination est la preuve d’une
complicité qui fait de vous la caricature de vos illusions.
Le résultat est que les mots du vocabulaire politique ne correspondent
plus à ce qu’ils représentent. Ainsi, le socialisme par exemple n’a plus
rien de social ; les services publics ne doivent surtout plus rendre
service ; les syndicats gèrent mais ne défendent plus…
S’il y a eu révolution sans révolution en mai 68, c’est que le spectacle
de leur propre révolte satisfaisait tous les participants. Une vraie
rupture se dessinait pourtant : la volonté de donner la priorité à
l’imagination mettait de la poésie dans la politique et de l’humour dans
les slogans. Sous les manifestations courait l’illusion que le monde
changeait alors qu’il s’offrait seulement des vacances.
De loin, tout cela paraît heureusement festif et ludique : il est
probable que ces qualités ont alors désorienté la réaction, plus
préparée au couteau entre les dents qu’à la fleur à la bouche. Il est
vrai que Papon n’était plus à la préfecture de police et que les fils de
la bourgeoisie étaient plus nombreux que les Algériens dans les cortèges
et sur les barricades.
On peut rêver aux avantages conquis lors d’un fameux Grenelle à
condition de ne pas oublier qu’il ne fallut guère plus d’un mois pour
que des élections envoient à la Chambre l’assemblée la plus
réactionnaire qu’on ait vue avant celle qui fut élue très récemment. La
machine à décerveler était cependant moins efficace que de nos jours,
mais la servilité est la seule constante de l’histoire humaine. Être
dominé est plus raisonnable qu’être libre : cet état soulage de la
responsabilité. Et sans doute est-il rassurant de voir qu’un
anti-68 officiel a pris le pouvoir car il ne suffit plus désormais de
baisser la tête pour échapper à l’oppression…
Toute ce que mai 68 a engendré, c'est une génération de tarlouzes...
bon, vous résumez assez bien ce en quoi consiste l' héritage du 68tardisme!
j***@gmail.com
2018-05-16 20:34:45 UTC
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Post by RVG
Comment qualifier une révolution qui, sans aller jusqu’à la Révolution,
a suscité une agitation révolutionnaire durable ? Il faut au moins
reconnaître à ce mouvement – et c’est un cas unique chez un
contre-pouvoir – de ne pas s’être trahi en essayant de prendre le
pouvoir et de ne pas avoir entraîné la liquidation de ses partisans en
donnant à ses adversaires le prétexte de rétablir l’ordre par un
massacre.
Vous faites une grave erreur. Mai 68 a laissé un héritage qui a patiemment bâti au cours des ans le prétexte idéale à une "révolution culturelle" meurtrière de type Maoïste qui ouvrira la voie royale à la mise en place de l' orde mondial des Mercantos qui sera éxécutée par ces fameux "adversaires" auxquels vous faites vaguement référence. Je classerais Attali parmi les "adversaires" qui depuis longtemps donne des indices dans certains de ses interviews . Déja la Capitale de cet Ordre Mondial qu' il prévoyait être Jérusalem est déja officialisée d' une certaine manière en transférant l' ambassade des Eu de Tel-Aviv à Jérusalem.Tout cela est mené rondement quoi que nous puissions en dire.
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